Pays : Pakistan

Le Pakistan accuse les Taliban afghans : « Ces groupes menaceront votre gouvernement »

Islamabad accuse Kaboul de servir de sanctuaire aux militants. Le ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar avertit que l'inaction des Taliban afghans finirait par menacer leur propre régime. L'Afghanistan rejette ces accusations, qualifiant le discours pakistanais de diversion.

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Islamabad accuse Kaboul de servir de sanctuaire aux militants. Le ministre des Affaires étrangères Ishaq Dar avertit que l’inaction des Taliban afghans finirait par menacer leur propre régime. L’Afghanistan rejette ces accusations, qualifiant le discours pakistanais de diversion.

« Si les autorités afghanes ne prennent pas d’actions appropriées contre les groupes terroristes opérant depuis leur territoire, le jour viendra où ces mêmes groupes menaceront également votre gouvernement », a déclaré le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Ishaq Dar, lors d’un échange avec son homologue afghan. Cette mise en garde directe, rapportée par arabnews.com, marque une escalade diplomatique entre les deux voisins, dont les relations sont tendues depuis la prise de pouvoir des Taliban à Kaboul en 2021.

20 000militants hébergés en Afghanistan selon les estimations citées par le ministre2 800attaques militantes subies par le Pakistan depuis janvier3 000morts ou blessés liés aux attaques depuis janvier2 600kilomètres de clôture frontalière construite par le Pakistan

Le gouvernement pakistanais formule des accusations plus larges dans un communiqué publié sur mofa.gov.pk. Islamabad y exprime sa « profonde préoccupation » face à ce qu’il décrit comme une « agression injustifiée » menée par les Taliban afghans, ainsi que par les groupes Fitna-e-Khawarij et Fitna-e-Hindustan le long de la frontière pakisto-afghane. Selon cette source officielle, ces entités utilisent le sol afghan pour lancer des attaques à l’intérieur du Pakistan, violant ainsi la souveraineté territoriale de l’État voisin.

Pour justifier cette fermeté, le ministère pakistanais de l’Information, dirigé par Attaullah Tarar, a fourni des chiffres précis. Citant des évaluations des Nations Unies et d’autres sources indépendantes, il affirme que l’Afghanistan héberge plus de 6 000 combattants du TTP (Tehrik-i-Taliban Pakistan) et plus de 20 000 militants au total. Ces données, bien qu’attribuées à des organismes internationaux, n’accompagnent pas de méthodologie détaillée ni de données brutes vérifiables dans les documents publics disponibles.

La violence transfrontalière n’est pas seulement une question de statistiques politiques. Depuis janvier, le Pakistan rapporte avoir subi plus de 2 800 attaques militantes. Ces incidents ont fait environ 3 000 morts ou blessés parmi les forces de sécurité et la population civile. Ce bilan illustre l’intensité des affrontements qui secouent régulièrement les régions frontalières, poussant Islamabad à accélérer ses mesures défensives.

En réponse à cette insécurité chronique, le Pakistan a achevé à près de 95 % la construction d’une clôture de plus de 2 600 kilomètres le long de sa frontière avec l’Afghanistan. Ishaq Dar a confirmé que l’armée avait finalisé cette infrastructure massive, destinée à empêcher l’infiltration illégale de combattants et de marchandises. Cette barrière physique représente l’un des projets de sécurisation frontaliers les plus coûteux et les plus longs menés par l’État pakistanais ces dernières années.

Les conséquences de ces tensions ne se limitent pas au seul territoire pakistanais. La mission des Nations Unies en Afghanistan a documenté, en septembre, plus de 1 100 morts et blessés parmi les civils dus aux violences transfrontalières en Afghanistan cette année. Ce chiffre souligne que le conflit armé, souvent perçu comme interne au Pakistan, a un impact direct et meurtrier sur la population afghane voisine, créant une crise humanitaire partagée.

Kaboul a immédiatement rejeté les accusations d’Islamabad. Le porte-parole du gouvernement afghan a accusé les responsables pakistanais de chercher à détourner l’attention de leurs propres problèmes internes. Selon lui, les déclarations de Dar visent à masquer l’incapacité du gouvernement pakistanais à gérer la sécurité sur son propre territoire, plutôt qu’à proposer des solutions concrètes pour apaiser les tensions régionales. Cette version des faits contredit directement la narrative officielle de Islamabad.

Ce qui est décidé

  • Le gouvernement pakistanais accuse les Taliban afghans de servir de sanctuaire aux groupes terroristes
  • Le ministre Ishaq Dar avertit que l’inaction afghane menacera le régime taliban
  • L’Afghanistan rejette les accusations, les qualifiant de diversion politique
  • Le Pakistan rapporte plus de 2 800 attaques et 3 000 victimes depuis janvier
  • La clôture frontalière de 2 600 km est achevée à 95 %

Ce qui n’est pas tranché

  • Les chiffres précis sur le nombre de militants hébergés proviennent d’évaluations non détaillées
  • La méthodologie exacte des bilans de victimes n’est pas fournie dans les documents officiels